
Question (vous avez une heure trente pour répondre, en commentaires): qu'est ce que serait le nouveau journalisme trente ans plus tard à l'ère de l'Internet et de la déchéance du support papier?
Proposition : et si c'étaient les blogs?
Il y a de tout dans ce qu'on appelle la blogosphère. La grande majorité n'est qu'un vaste «bruit» issu de l'accès universel à la publication en ligne dans lequel les Hunter Thompson, Norman Mailer ou Truman Capote qui ont construit leur travail sur la fusion entre le journalisme et la littérature ne sont pas légions. Le gros des blogs serait plutôt produit par des auteurs qui clament leur mal-être dans la solitude de leur soupente.
Pour eux, le sens est secondaire, seule la présence compte. Ils sont assidus et prolixes, souvent pour ne pas dire grand-chose. On ne va pas s'en plaindre. La dimension démocratique de l'Internet est précisément d'avoir supprimé l'intermédiation entre un émetteur et son public potentiel.
Le blog a dix ans. Et donc l'âge de la raison. Celle-ci ne s'exprime plus seulement par le foisonnement, mais aussi par les pépites qui émergent du bruit de fond. Et c'est tout l'intérêt des blogs qui permettent aussi l'expression d'une expertise individuelle jusqu'ici indécelable. Or, non seulement le principe du blog permet à tout auteur de se faire entendre mais son architecture lui assure également promotion et notoriété s'il la mérite. Le lien hypertexte est la sanction qui fait qu'un blog de qualité, pertinent, a finalement peu de chances de rester ignoré. Et cette popularité a de fortes chances d'être exponentielle: plus un blog fait l'objet de liens convergents, plus il est référencé par d'autres, etc.
Cette expertise concerne aussi bien les sciences, l'économie, que la politique. Aujourd'hui, le suivi de la crise mondiale est ainsi nettement enrichi par un blog «pro».
Cette expertise indépendante est entrée en concurrence avec le journalisme. Désormais, l'autorité individuelle peut s'affranchir de celle du vecteur éditorial. L'auteur-expert ne vaut plus seulement par le support d'où il s'exprime, il vaut par la popularité que lui confèrent ceux qui s'intéressent aux mêmes sujets. Le journalisme est en train de connaître une évolution symétrique. Les grands sites de presse intègrent de plus en plus le blogueur-expert dans leur champ éditorial.
Là où un article va être structuré au point d'en être rasoir, le blog va permettre une forme plus alerte, plus incarnée de l'analyse; là où le commentaire ou l'éditorial est pontifiant, le blog est percutant avec une longueur variable en fonction du sujet et une périodicité aléatoire; là où l'article classique est unidirectionnel, le blog est conversationnel. L'article n'est plus figé, il est commenté, débattu, l'auteur revient sur son thème, le corrige éventuellement. Et comme toujours, la qualité appelle la qualité. Les sites qui laissent se développer un liseron de commentaires sans intérêt de la part de leur lectorat tirent leur contenu vers le bas; à l'inverse, ceux qui choisissent d'élaguer rendent l'arborescence plus belle.
Le blog autorise un plus large spectre dans la couverture éditoriale comme par exemple la couverture en direct («Live Blogging») des auditions des grands patrons de l'automobile aux Etats-Unis. Détail révélateur sur l'importance prise par les blogs: dans le New York Times encore, ce long récit a été fait par Floyd Norris, le rédacteur économique le plus senior du grand quotidien américain. Il n'avait pas hésité pour l'occasion à jouer les sténotypistes. De la même façon, le NY Times doit être le seul journal au monde à compter parmi ses blogueurs un prix Nobel.
Alors, un «Nouveau Journalisme», le blogging pro? Sans doute pas au sens de l'évolution littéraire des années 70. Mais il est certain que la flexibilité du blog, la mise en concurrence des journalistes et d'une expertise extérieure jusqu'ici invisible, vont contribuer à améliorer le débat démocratique.Source :
Lefigaro.fr
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