
Pour la première fois, des sites d'information en ligne vont bénéficier d'aides à la presse, au même titre que les journaux. Qu'en pensez-vous ?
Cette somme correspond à l'une des dispositions des Etats généraux de la presse en faveur de la presse en ligne. Il s'agit de favoriser l'évolution des médias d'information vers le Web, ainsi que la création d'un secteur de site "pure players" (uniquement sur le Web) d'information de qualité.
Cette somme correspond à l'une des dispositions des Etats généraux de la presse en faveur de la presse en ligne. Il s'agit de favoriser l'évolution des médias d'information vers le Web, ainsi que la création d'un secteur de site "pure players" (uniquement sur le Web) d'information de qualité.
Beaucoup vivent cette évolution comme un reniement des idéaux du Web, un retour aux défauts de la "vieille presse".
Je ne sais pas où sont les reniements. Les agrégateurs du type Google vendent aux annonceurs des espaces d'information qu'ils n'ont pas produits. Partout un problème se pose pour financer une information de qualité, qui coûte chère à produire mais est nécessaire au débat démocratique. Aux Etats-Unis, ce sont des fondations qui commencent à intervenir pour financer le journalisme d'investigation. Je ne suis pas sûr que cela sera suffisant. En outre, cela ne correspond pas à nos traditions institutionnelles, en France et en Europe, où l'Etat est intervenu plus tôt sous forme d'aides diverses, comme le taux de TVA à 0 % en Grande-Bretagne et l'aide postale dans de nombreux pays.
Faut-il aussi aider les blogueurs, comme le demandent certains ?
Je suis pour étendre l'aide aux blogs de journalistes indépendants. La question sera alors celle des nouveaux journalistes. Sur quels critères les reconnaître sans avoir à passer par une évaluation du contenu ? Car il faut éviter que l'aide de l'Etat dépende de critères de contenus. C'est difficile, mais cela mérite d'être travaillé.
Quel est le montant actuel des aides à la presse versées par l'Etat ?
La réponse n'est pas simple s'agissant d'un dispositif à plusieurs volets : celui des aides directes votées chaque année par le Parlement et les aides indirectes comprenant les tarifs postaux préférentiels et des dispositifs fiscaux. En 2010, les aides directes traduisent le soutien exceptionnel découlant des Etats généraux de la presse. Il s'agit de 419,3 millions d'euros (+ 51 % ). L'aide postale s'élèvera à 270 millions, le taux de TVA préférentiel (2,1 %) représente une moins-value de 210 millions pour l'Etat. Un dispositif fiscal d'aide à l'investissement représente environ 5 millions d'euros. Soit au total environ 900 millions d'euros.
Comment ces aides se justifient-elles dans l'histoire ?
Elles tirent leur origine de la volonté des pouvoirs publics de défendre le pluralisme de la presse d'information. L'architecture du système actuel remonte à la Libération, même si des aides telles que l'aide postale sont très anciennes. Elles doivent permettre à une presse d'opinion d'être disponible facilement et à des coûts accessibles.
Peut-on parler d'une presse sous perfusion ? Pourrait-elle survivre sans ces aides ?
Les quotidiens, certainement pas. Nombre d'entre eux disparaîtraient instantanément si ces aides devaient disparaître.
Pourquoi les patrons de presse refusent-ils souvent de rendre public le montant des aides ?
La plupart des chiffres sont publics. Peut-être n'est-il pas simple, pour des dirigeants d'entreprise, dont certains vantent les vertus du libéralisme le plus pur, de reconnaître les aides dont ils profitent...
La presse est-elle plus sous perfusion aujourd'hui que jadis ?
Les dispositions découlant des Etats généraux n'ont pas beaucoup d'équivalent dans l'histoire, tout comme l'ampleur de la mutation à laquelle la presse doit faire face. Le gouvernement est dans son rôle en évitant qu'une part substantielle de la presse d'information politique s'effondre.
Les aides signifient-elles une perte d'indépendance ?
Elles sont fondées sur des critères techniques et non de contenu. Le gros défaut du système a sans doute été de ne pas avoir suffisamment incité les entreprises de presse à des évolutions éditoriales, techniques et commerciales dans les années 1970-1980. Nous payons cela au prix fort aujourd'hui.
Faut-il aussi aider les blogueurs, comme le demandent certains ?
Je suis pour étendre l'aide aux blogs de journalistes indépendants. La question sera alors celle des nouveaux journalistes. Sur quels critères les reconnaître sans avoir à passer par une évaluation du contenu ? Car il faut éviter que l'aide de l'Etat dépende de critères de contenus. C'est difficile, mais cela mérite d'être travaillé.
Quel est le montant actuel des aides à la presse versées par l'Etat ?
La réponse n'est pas simple s'agissant d'un dispositif à plusieurs volets : celui des aides directes votées chaque année par le Parlement et les aides indirectes comprenant les tarifs postaux préférentiels et des dispositifs fiscaux. En 2010, les aides directes traduisent le soutien exceptionnel découlant des Etats généraux de la presse. Il s'agit de 419,3 millions d'euros (+ 51 % ). L'aide postale s'élèvera à 270 millions, le taux de TVA préférentiel (2,1 %) représente une moins-value de 210 millions pour l'Etat. Un dispositif fiscal d'aide à l'investissement représente environ 5 millions d'euros. Soit au total environ 900 millions d'euros.
Comment ces aides se justifient-elles dans l'histoire ?
Elles tirent leur origine de la volonté des pouvoirs publics de défendre le pluralisme de la presse d'information. L'architecture du système actuel remonte à la Libération, même si des aides telles que l'aide postale sont très anciennes. Elles doivent permettre à une presse d'opinion d'être disponible facilement et à des coûts accessibles.
Peut-on parler d'une presse sous perfusion ? Pourrait-elle survivre sans ces aides ?
Les quotidiens, certainement pas. Nombre d'entre eux disparaîtraient instantanément si ces aides devaient disparaître.
Pourquoi les patrons de presse refusent-ils souvent de rendre public le montant des aides ?
La plupart des chiffres sont publics. Peut-être n'est-il pas simple, pour des dirigeants d'entreprise, dont certains vantent les vertus du libéralisme le plus pur, de reconnaître les aides dont ils profitent...
La presse est-elle plus sous perfusion aujourd'hui que jadis ?
Les dispositions découlant des Etats généraux n'ont pas beaucoup d'équivalent dans l'histoire, tout comme l'ampleur de la mutation à laquelle la presse doit faire face. Le gouvernement est dans son rôle en évitant qu'une part substantielle de la presse d'information politique s'effondre.
Les aides signifient-elles une perte d'indépendance ?
Elles sont fondées sur des critères techniques et non de contenu. Le gros défaut du système a sans doute été de ne pas avoir suffisamment incité les entreprises de presse à des évolutions éditoriales, techniques et commerciales dans les années 1970-1980. Nous payons cela au prix fort aujourd'hui.
Source :
Lemonde.fr

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